Bonjour,
La semaine dernière, on a parlé d'impôts. Cette semaine, on parle de ce qui arrive quand les choses se passent mal.
Je vais éviter la liste de courses. Vous en trouverez partout et elle ne sert à rien. Toutes les listes d'assurances pour indépendants se ressemblent, toutes énumèrent une douzaine de couvertures, aucune ne vous dit par laquelle commencer. Le résultat habituel est qu'on ne commence par aucune.
Je vous propose autre chose : trois cases, puis une seule question.
Trois cases, pas deux
Quand on pense assurances, on pense spontanément en deux colonnes. Ce qui est obligatoire, ce qui est facultatif. On règle l'obligatoire, on verra plus tard pour le reste.
Pour un indépendant, il existe une troisième case. Elle ne contient qu'une seule ligne. C'est elle qui commande tout.
Le Guide des assurances sociales pour les PME de l'Office fédéral des assurances sociales, édition 2026, l'écrit sans y mettre les formes : « Les personnes exerçant une activité indépendante ne peuvent pas s'assurer » à l'assurance-chômage.
Lisez bien. Ce n'est pas « c'est déconseillé ». Ce n'est pas « c'est cher ». Ce n'est pas « il faut remplir des conditions ». C'est fermé. Le portail PME de la Confédération le dit de son côté dans les mêmes termes : « L'indépendant ne peut pas cotiser au chômage. »
Vous ne pouvez pas acheter cette protection. À aucun prix. C'est la seule case du système où votre argent ne peut rien pour vous.
Retenez cette asymétrie, on y revient à la fin. Elle change l'ordre de priorité de tout le reste.
La case obligatoire
Elle est plus courte qu'on ne le croit.
L'AVS, l'AI et les APG. C'est le socle. Il n'est pas négociable. Le guide 2026 de l'OFAS donne un taux de cotisation de 10 % du revenu pour l'indépendant, avec un barème dégressif pour les revenus modestes : de 9,321 % à 5,371 % pour un revenu allant jusqu'à 60'500 francs. En dessous, la cotisation ne tombe pas à zéro. Le guide fixe une cotisation minimale de 530 francs par an. Vous cotisez même une année blanche.
Une nuance qui compte, que le guide formule bien : l'indépendant « assume lui-même l'intégralité de ses cotisations personnelles ». Pas de part employeur en face de la vôtre. C'est exactement le sujet de l'Édition 6, je ne le refais pas ici.
Les allocations familiales. Obligatoires aussi. C'est souvent une surprise, y compris pour les indépendants sans enfants. Le taux dépend du canton : le guide indique une fourchette de 0,6 à 3,8 %. Votre caisse de compensation cantonale vous donnera le vôtre.
L'assurance maladie de base. Celle-là, vous l'avez déjà. Elle vous est obligatoire comme personne vivant en Suisse, pas comme entrepreneur. Le portail PME le rappelle en passant : « l'assurance maladie de base, obligatoire ». Je la mentionne parce qu'elle crée une confusion fréquente. Avoir une LAMal ne vous couvre pas contre la perte de revenu si vous tombez malade. Elle paie des soins, elle ne remplace pas un chiffre d'affaires.
Et, à Fribourg, le bâtiment. Si vous exercez chez vous, dans un bien dont vous êtes propriétaire, il y a une pièce fribourgeoise au dossier. L'Établissement cantonal d'assurance des bâtiments « est chargé d'assurer tous les bâtiments situés sur le territoire cantonal ». Le portail PME précise de son côté que « l'entrepreneur doit uniquement conclure une assurance immobilière s'il exerce son activité dans sa propriété ». Attention toutefois : la couverture de l'ECAB porte sur le bâtiment. Ce que vous avez dedans, machines, stock, mobilier, matériel informatique, relève d'une autre couverture. Posez la question directement à l'ECAB, je n'ai pas trouvé de page officielle qui tranche ce point pour une activité professionnelle.
Voilà pour l'obligatoire. Deux cotisations sociales, votre caisse maladie, le bâtiment si vous êtes propriétaire. C'est tout.
La case facultative
C'est la plus grande. C'est là que tout le monde s'égare.
L'assurance-accidents. Le guide de l'OFAS la classe « facultatif » pour l'indépendant. Vous pouvez vous couvrir auprès de la Suva, d'un assureur privé ou d'une caisse publique d'assurance-accidents. La prime peut couvrir d'un bloc les accidents professionnels et non professionnels. Le portail PME va plus loin et le conseille explicitement : « il est conseillé de contracter une assurance accident, qui couvre les accidents professionnels, non professionnels et les maladies professionnelles, ainsi qu'une assurance perte de gains en cas de maladie ».
La perte de gain en cas de maladie. Facultative elle aussi. Et c'est l'angle mort le plus coûteux du métier. Si vous vous cassez une jambe, l'assurance-accidents prend le relais de votre revenu. Si vous faites une pneumonie qui vous met trois semaines à plat, rien ne le fait, sauf si vous avez souscrit cette couverture-là. Deux risques qui se ressemblent du point de vue du client, deux assurances distinctes du point de vue du système.
Le deuxième pilier. Facultatif pour l'indépendant, le guide est net. Le portail PME le formule ainsi : « les indépendants ne sont pas soumis au régime obligatoire de la prévoyance professionnelle et sont donc libres de déterminer comme ils l'entendent leur protection sociale ». C'était l'Édition 7, avec le pilier 3a comme levier. Je vous y renvoie.
La responsabilité civile. Ici, je dois être précis, parce que la formulation du portail PME prête à confusion. La page consacrée aux assurances de l'entreprise écrit : « Pour ainsi dire, toute entreprise a besoin d'une assurance responsabilité civile. » Besoin, pas obligation. J'ai relu cette page le 5 octobre : le mot « obligatoire » n'y qualifie que les assurances sociales, jamais la RC. Ce qui ne veut pas dire que personne n'y est tenu. Certaines professions réglementées ont leur propre exigence, inscrite ailleurs que sur le portail PME. Je ne vous dirai donc pas que la RC est obligatoire, ni qu'elle ne l'est jamais. Pour votre métier précisément, l'association professionnelle de la branche est le bon interlocuteur. C'est une question à poser avant la première facture, pas après.
Les pertes d'exploitation. Le portail PME les présente comme « surtout utile aux entreprises n'ayant aucune possibilité de déplacer leur production ». Traduction : si votre outil de travail est un ordinateur portable et que vous pouvez travailler d'ailleurs demain, ce n'est pas votre priorité. Si vous avez un atelier, une cuisine, un laboratoire, ça le devient.
La protection juridique. Le portail estime qu'« il vaut aussi la peine de conclure une assurance de protection juridique ». Utile, pas urgente.
Une bonne nouvelle, quand même
Puisque cette édition aligne les mauvaises surprises, en voici une qui va dans l'autre sens.
L'allocation de maternité n'est pas réservée aux salariées. Une indépendante y a droit. Le guide 2026 en donne les paramètres : 80 % du revenu moyen de l'activité lucrative, « au maximum à 220 francs par jour », pendant 98 jours. Le guide prévoit en plus une prolongation possible, jusqu'à 56 jours, en cas d'hospitalisation. Faites préciser les conditions exactes de cette prolongation par votre caisse de compensation, le guide est succinct sur ce point.
Ce n'est pas une assurance à souscrire. C'est une prestation de l'APG, que vous payez déjà dans vos cotisations obligatoires. Beaucoup d'indépendantes l'ignorent et ne la demandent pas.
La seule question qui hiérarchise le reste
On revient à la troisième case.
Vous ne pouvez pas vous assurer contre le chômage. Autrement dit, contre la situation la plus banale de toutes : un gros client qui s'en va, un marché qui se referme, trois mois de carnet vide. Ce n'est ni un accident, ni une maladie, ni un sinistre. C'est le risque ordinaire du métier, celui qui se produit vraiment. C'est précisément celui qu'aucune police ne couvre.
Alors la question à vous poser avant d'ouvrir le moindre comparateur est celle-ci.
Combien de mois pouvez-vous vivre sans facturer ?
Comptez-le. Pas en pourcentage, pas en ordre de grandeur. En mois. Prenez vos charges fixes personnelles : loyer, caisse maladie, nourriture. Divisez par là votre réserve disponible. Le chiffre qui sort est la seule mesure honnête de votre exposition.
S'il est inférieur à trois, votre priorité n'est pas une assurance. C'est cette réserve. Aucune police ne remplacera votre matelas de trésorerie, parce que celle qui aurait pu le faire vous est fermée. Un indépendant bien assuré et sans réserve reste fragile.
S'il est confortable, alors l'ordre devient simple à établir. Vous couvrez d'abord ce qui vous mettrait par terre longtemps : la perte de gain maladie et l'accident, parce qu'ils arrêtent vos revenus pendant des mois. Ensuite la responsabilité civile, parce qu'un sinistre causé à un tiers peut dépasser de loin votre capacité à payer. Ensuite la prévoyance, qui est un sujet de long terme et non d'urgence. Le reste vient après, selon votre métier.
La logique tient en une phrase : assurez ce que vous ne pourriez pas absorber, pas ce qui vous ennuierait.
Les pièges à éviter
Croire que la LAMal remplace un revenu. Elle paie des soins. Elle ne compense pas un chiffre d'affaires arrêté.
Confondre accident et maladie. Deux couvertures distinctes, toutes deux facultatives. Souscrire l'une ne vous couvre pas pour l'autre.
Attendre de savoir si la RC est obligatoire pour la souscrire. La question de l'obligation est secondaire. Celle de votre exposition réelle ne l'est pas.
Penser qu'une indépendante n'a pas droit à l'allocation de maternité. Elle y a droit. Elle la paie déjà.
Oublier la cotisation minimale AVS. 530 francs par an selon le guide 2026, même sans bénéfice.
Croire que l'ECAB couvre le contenu. Sa mission porte sur les bâtiments. Le stock et le matériel sont une autre affaire.
Acheter des assurances avant de constituer une réserve. C'est l'erreur d'ordre la plus fréquente. La troisième case explique pourquoi.
Prendre une liste trouvée en ligne et la souscrire en entier. Un consultant qui travaille depuis son salon et un menuisier avec un atelier n'ont pas les mêmes priorités.
Les ressources officielles
OFAS, Guide des assurances sociales pour les PME, édition 2026 : branche par branche, ce qui est obligatoire et ce qui est facultatif pour l'indépendant, avec les taux et montants de l'année.
kmu.admin.ch, Indépendance : mode d'emploi : l'assurance maladie obligatoire, l'impossibilité de cotiser au chômage, la liberté de couverture pour la maladie et l'accident.
kmu.admin.ch, Assurances sociales et assurances pour l'entreprise : la responsabilité civile, l'assurance immobilière, les pertes d'exploitation, la protection juridique.
fr.ch, Établissement cantonal d'assurance des bâtiments : le champ de l'assurance des bâtiments dans le canton de Fribourg.
La semaine prochaine
On arrive au bout du parcours. Votre première année : l'échéancier de tout ce qu'il ne faut pas oublier, mois par mois, des assurances sociales aux acomptes en passant par la TVA. De quoi reprendre les onze éditions précédentes dans l'ordre où les choses tombent réellement.
D'ici là, prenez soin de vous. Et comptez vos mois.
Claudino
swissadmin.ai — l'administration suisse, enfin claire.
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swissadmin.ai — Claudino Tavares Monteiro, entreprise individuelle, 1630 Bulle (FR). Information générale, sans valeur de conseil individualisé. Je ne suis pas courtier en assurances : pour votre situation particulière, adressez-vous à votre caisse de compensation, à l'association professionnelle de votre branche ou à un conseiller indépendant.