Bonjour,

La semaine dernière, on a monté votre comptabilité simplifiée. Cette semaine, on regarde à quoi elle sert vraiment.

Commençons par la différence qui explique tout le reste.

Quand vous étiez salarié, vous n'avez jamais vu passer votre impôt. Ou plutôt, vous l'avez vu partir sur un décompte, avant même de toucher votre salaire. Quelqu'un s'occupait du calendrier à votre place.

Comme indépendant, plus personne ne prélève rien. Vous encaissez la totalité de vos factures. L'argent de l'impôt est sur votre compte. Il vous appartient en apparence. Il repartira, souvent bien plus tard que vous ne l'imaginez.

C'est tout le sujet de cette édition. Pas le montant. Le mécanisme. Et le calendrier.

Votre bénéfice est votre revenu

Le point de départ est simple, presque brutal dans sa simplicité.

Le dossier de l'Administration fédérale des contributions sur l'activité indépendante le pose ainsi : selon l'art. 18 LIFD, « tous les revenus, en espèces ou en nature, provenant de l'exercice d'une activité lucrative indépendante sont imposables ». Cela vise « tous les revenus provenant de l'exploitation d'une entreprise commerciale, industrielle, artisanale, agricole ou sylvicole ».

Et ce bénéfice, comment est-il établi ? Le même dossier répond : « sur la base du bilan commercial (art. 959 CO) ». La comptabilité commerciale est déterminante pour le calcul.

Vous voyez le lien avec la semaine dernière. Vos relevés ne sont pas un exercice administratif. Ils sont la base de calcul de votre impôt. Il n'existe aucune autre source.

Une précision qui rassure au passage : en entreprise individuelle, ce bénéfice est imposé une seule fois, avec votre revenu privé, sur votre déclaration de personne physique. Pas d'impôt sur la société puis d'impôt sur le salaire. C'est l'avantage fiscal structurel de la forme individuelle.

Trois destinataires, un seul calcul

Le dossier de l'AFC sur le système fiscal suisse le rappelle : « tant la Confédération que les cantons, et même les communes, prélèvent des impôts ». Les communes « ne peuvent en revanche prélever des impôts que dans les limites de l'autorisation qui leur est octroyée par leur canton ».

À Fribourg, il faut compter un quatrième niveau. La paroisse prélève aussi son impôt. Le canton publie chaque année les coefficients des paroisses catholiques et des paroisses réformées, commune par commune.

Le mécanisme fribourgeois vaut la peine d'être compris, parce qu'il explique pourquoi votre voisin de commune ne paie pas la même chose que vous sur le même revenu.

Il existe un impôt cantonal de base, calculé sur votre revenu imposable. Votre commune fixe ensuite un coefficient en pour cent de cet impôt cantonal de base. Votre paroisse en fixe un autre. C'est l'assemblée communale ou le conseil général qui décide de prélever l'impôt et qui en fixe le coefficient (art. 64 LFCo). Une commission financière doit obligatoirement examiner la proposition.

Conséquence pratique : votre facture fiscale dépend de votre adresse, pas seulement de votre revenu. Si vous hésitez encore entre deux communes pour installer votre activité, le coefficient est une donnée publique. Le canton met les listes en ligne.

Je ne donne volontairement aucun barème et aucun taux dans cette édition. Ils varient par commune. Ils changent. Un chiffre approximatif ferait plus de dégâts qu'il ne rendrait service. Le canton publie des calculettes officielles pour l'année en cours, qu'il présente lui-même comme permettant un « calcul approximatif ». Elles ne couvrent pas l'impôt fédéral direct, pour lequel le canton renvoie à l'outil de l'AFC. Et elles ne connaissent pas votre coefficient communal : vous devez l'ajouter vous-même.

Passez vingt minutes avec la calculette avant votre première année complète d'activité. C'est le meilleur investissement de temps de toute cette édition.

Ce que vous pouvez déduire

Ici, le droit fiscal est plutôt généreux avec l'indépendant. La notion clé est celle de frais justifiés par l'usage commercial (art. 27 LIFD).

Le dossier de l'AFC énumère parmi les charges déductibles « les amortissements et provisions », « les pertes effectives sur des éléments de la fortune commerciale », « les versements à des institutions de prévoyance, à l'intention de son propre personnel » et « les frais de formation et de formation continue ».

Deux mécanismes méritent qu'on s'y arrête.

Les amortissements (art. 28 LIFD). L'amortissement « constate comptablement la dépréciation de valeur de la fortune commerciale dans le temps ». Deux conditions cumulatives pour qu'il soit déductible : il « doit être justifié par l'usage commercial et avoir été comptabilisé ». Comptabilisé. Autrement dit, un amortissement que vous n'avez pas écrit dans vos comptes n'existe pas fiscalement, même s'il était parfaitement justifié.

Le report des pertes (art. 31 LIFD). « Les pertes commerciales réalisées durant l'exercice de toute activité entrepreneuriale sont déductibles. » Et le droit fiscal autorise « la déduction des pertes essuyées jusque dans les sept exercices précédant la période fiscale considérée ».

Sept exercices. Retenez ce chiffre, parce qu'il change le calcul d'une première année. Une activité qui démarre dans le rouge ne perd pas ce déficit. Il reste utilisable contre les bénéfices des années suivantes, à condition d'avoir été comptabilisé proprement au moment où il s'est produit. C'est la deuxième raison, après celle de l'Édition 9, de tenir ses comptes dès le premier mois plutôt que de reconstituer l'année après coup.

La déduction que tout le monde croit possible

Voici le point de cette édition que je voudrais vraiment que vous reteniez. Il est contre-intuitif. Il est net. Il n'y a aucune nuance à y apporter.

Le dossier de l'AFC l'écrit sans détour : « les impôts sur le revenu et la fortune des indépendants ne sont – contrairement aux impôts directs des personnes morales – pas déductibles fiscalement ».

Lisez la parenthèse. Une Sàrl déduit ses impôts de son bénéfice imposable. Vous, non. Vos impôts ne sont pas une charge d'exploitation. Ils sortent après.

Cela a une conséquence très concrète sur la façon de raisonner. Quand vous calculez ce qu'il vous reste, vous ne pouvez pas traiter l'impôt comme une dépense professionnelle de plus. Il se prélève sur un bénéfice déjà calculé. Beaucoup de créateurs construisent leur budget de première année en glissant l'impôt dans la colonne des charges. Le résultat est faux, toujours dans le même sens, toujours trop optimiste.

Fortune commerciale ou fortune privée : la frontière la plus coûteuse

Celle-ci est technique. Elle vaut pourtant un paragraphe, parce qu'elle décide de la fiscalité du jour où vous vendez quelque chose.

Le principe posé par l'AFC : « les biens affectés à l'exploitation de l'entreprise constituent la fortune commerciale de l'entrepreneur et ceux ne servant pas à l'exploitation forment au contraire le patrimoine privé ». La répartition suit la méthode de la prépondérance : si l'usage commercial dépasse 50 %, le bien est classé commercial.

Pourquoi c'est important : « les gains en capital réalisés lors de l'aliénation de la fortune commerciale sont imposables (art. 18 al. 2 LIFD) », alors que les bénéfices de vente réalisés sur la fortune privée demeurent exonérés.

Traduction pour un créateur. La camionnette que vous utilisez à 80 % pour vos chantiers est de la fortune commerciale. Vous l'amortissez, ce qui allège votre impôt pendant des années. Mais le jour où vous la revendez au-dessus de sa valeur comptable, la différence est un revenu imposable. Ce n'est pas une mauvaise nouvelle en soi, c'est une symétrie. Simplement, il faut l'avoir vue venir.

Le cas qui fait le plus de dégâts est celui de l'immeuble. Si vous envisagez d'affecter une partie de votre logement ou un local à votre activité, posez la question à une fiduciaire avant d'écrire quoi que ce soit dans vos comptes. Le canton de Fribourg dispose d'ailleurs d'un formulaire de demande de différé pour le transfert d'immeubles entre fortune commerciale et fortune privée, ce qui vous dit assez que le sujet n'est pas anodin.

Les deux déductions qui comptent vraiment quand on démarre

Elles ne figurent pas dans les frais commerciaux. Ce sont des déductions générales, qui jouent sur votre revenu de personne physique.

Le dossier de l'AFC sur le système fiscal suisse les énumère parmi les déductions reconnues : « primes et cotisations pour l'AVS/AI/APG/AC, pour la prévoyance professionnelle et individuelle liée ».

Vos cotisations personnelles à la caisse de compensation sont donc déductibles. Cela atténue la mauvaise surprise décrite dans l'Édition 9, sans la supprimer.

Et la prévoyance individuelle liée, c'est le pilier 3a. Là, l'indépendant sans caisse de pension bénéficie d'un plafond nettement plus élevé que le salarié. L'Office fédéral des assurances sociales le formule ainsi : « 20 % de votre revenu avec un maximum de 36'288 francs par an si vous êtes indépendant et non affilié à une institution de prévoyance », contre « au maximum 7258 francs par an si vous êtes salarié et affilié à une institution de prévoyance ». Le Département fédéral des finances a confirmé le 17 novembre 2025 que « les déductions fiscales admises dans le cadre de la prévoyance individuelle liée (pilier 3a) demeurent inchangées pour l'année fiscale 2026 ».

C'est le seul levier fiscal vraiment puissant dont dispose l'indépendant qui démarre. Je ne vais pas le développer ici, il mérite sa propre édition. Retenez le principe : dans votre situation, le 3a n'est pas un produit d'épargne parmi d'autres. C'est une déduction.

⚠️ Ces deux montants sont ajustés périodiquement. Revérifiez-les en janvier, ou demandez-les à votre caisse.

Les acomptes, enfin

C'est la partie que personne ne vous explique. C'est aussi celle qui provoque les vraies difficultés de trésorerie.

L'impôt fédéral direct. L'AFC est précise : « l'IFD est exigible en règle générale, le 1er mars de l'année qui suit l'année fiscale avec un délai de paiement de 30 jours ». Relisez la date. L'impôt sur votre revenu 2026 est exigible en mars 2027.

Les impôts cantonaux et communaux. Le même dossier note que « dans la plupart des cantons, les impôts cantonaux et communaux sont toutefois perçus en plusieurs acomptes provisoires dans le courant de l'année fiscale ». Vous payez donc pendant l'année, sur une estimation.

Sur quelle estimation, exactement ? Le Service cantonal des contributions fribourgeois l'explique dans sa foire aux questions : les acomptes sont calculés « sur la base des dernières données connues ». Les dernières données connues, pour quelqu'un qui vient de se lancer, sont celles de sa vie d'avant. Un salaire, peut-être un temps partiel, peut-être rien du tout.

Autrement dit, vos acomptes de première année ne décrivent pas votre situation. Ils décrivent celle d'une personne qui n'existe plus. Et l'écart se règle plus tard, d'un coup.

Ce que vous pouvez faire. Et que presque personne ne fait. Le canton prévoit trois portes, toutes ouvertes.

Vous pouvez contacter le secteur de taxation pour demander une modification de vos acomptes. Vous pouvez aussi « payer un montant total d'acomptes inférieur à celui qui a été facturé en fonction de vos estimations », si votre revenu s'effondre. Et vous pouvez faire l'inverse : verser un acompte volontaire, au moyen d'une QR-facture prévue pour cela, avant le 30 avril.

C'est cette troisième porte qui intéresse l'indépendant dont l'activité démarre bien. Elle existe précisément pour les gens dont le revenu monte plus vite que ce que l'administration pouvait deviner.

Ce qui se passe si vous ne faites rien. Le décompte final est établi après l'examen de votre déclaration. Si ce décompte dépasse les acomptes versés, « des intérêts moratoires seront dus ». Le canton précise qu'« un décompte d'intérêt n'est pas établi lorsque les intérêts sont inférieurs à 10 francs ». Je ne vous donne pas le taux : il est fixé séparément et publié par le Service cantonal des contributions, qui édite un document dédié aux taux d'intérêt en matière de perception. Vérifiez-le à la source plutôt que de me croire.

Combien d'acomptes, au fait ? La réponse est agréablement fribourgeoise : cela dépend de votre commune. Pour les impôts ordinaires, c'est le conseil communal qui « détermine le moment général du paiement et le nombre d'acomptes » (art. 44 LICo). Pour l'impôt cantonal, le canton vous laisse choisir entre recevoir seulement deux bulletins, pour un paiement unique suivi d'un complément, ou recevoir tous les bulletins afin de payer chaque mois.

Prenez tous les bulletins. Payer douze petites fois est infiniment plus confortable que payer une grande fois, surtout la première année, surtout quand la facture porte sur une année déjà écoulée.

La méthode, en trois gestes

Si je devais réduire cette édition à une routine, la voici.

Un. Ouvrez un compte d'épargne dédié aux impôts et aux cotisations, séparé du compte professionnel de l'Édition 9. À chaque facture encaissée, virez-y une part fixe, immédiatement. Vous ne connaissez pas le pourcentage exact, personne ne le connaît d'avance. Vous connaissez en revanche la seule règle qui compte : cet argent n'est pas à vous.

Deux. Faites tourner la calculette cantonale sur votre revenu prévisionnel, avec le coefficient de votre commune et celui de votre paroisse. Vous obtiendrez un ordre de grandeur. Ajustez votre part fixe dessus.

Trois. Regardez vos acomptes quand ils arrivent. S'ils sont manifestement sous-évalués parce qu'ils reposent sur votre ancien salaire, faites un versement volontaire avant le 30 avril, ou demandez une modification. Vous ne réduisez pas votre impôt. Vous évitez de le découvrir en bloc, deux ans plus tard, un mois où vous aviez d'autres plans.

Les pièges à éviter

  • Mettre l'impôt dans la colonne des charges. Les impôts sur le revenu et la fortune de l'indépendant ne sont pas déductibles. Votre budget est faux si vous les y glissez.

  • Amortir sans comptabiliser. L'amortissement doit être justifié par l'usage commercial et figurer dans les comptes. Sinon il ne compte pas.

  • Oublier ses pertes de démarrage. Elles se reportent sur les sept exercices suivants, à condition d'avoir été comptabilisées à l'époque.

  • Croire que les acomptes reflètent votre situation. Ils reposent sur les dernières données connues, donc souvent sur votre vie de salarié.

  • Laisser passer le 30 avril. C'est la date de l'acompte volontaire, l'outil fait exactement pour votre cas.

  • Choisir de ne recevoir que deux bulletins. Douze petits paiements valent mieux qu'un gros, la première année surtout.

  • Ignorer la frontière entre fortune commerciale et fortune privée. Ce que vous amortissez aujourd'hui sera imposé à la revente si le prix dépasse la valeur comptable.

  • Affecter une part de son logement à son activité sans conseil. Le canton a un formulaire de différé pour ces transferts. Ce n'est pas un hasard.

  • Comparer sa facture avec celle d'un ami d'une autre commune. Le coefficient communal et le coefficient paroissial ne sont pas les mêmes.

Les ressources officielles

La semaine prochaine

On quitte l'argent pour le risque. Les assurances qui protègent vraiment votre activité : celles qui sont obligatoires, celles qui n'en ont que l'air, l'angle mort dans lequel tombent presque tous les indépendants qui démarrent.

D'ici là, prenez soin de vous. Et ouvrez ce deuxième compte.

Claudino

swissadmin.ai — l'administration suisse, enfin claire.

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swissadmin.ai — Claudino Tavares Monteiro, entreprise individuelle, 1630 Bulle (FR). Information générale, sans valeur de conseil individualisé : pour votre situation particulière, adressez-vous à une fiduciaire, au Service cantonal des contributions ou à votre caisse de compensation.

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